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Bien qu'à 35 km de Paris, Briis était une vraie campagne, en raison de la difficulté des communications au début du vingtième siècle. Dans ce village, seul le docteur possédait une voiture automobile. Un loueur de voiture - à chevaux - assurait aussi le service avec le chemin de fer de Limours, exploité par le réseau d'Orléans. Cette ligne fonctionnait à vapeur, pour 40 km il y avait 22 stations - 20 jusqu'à Saint-Rémy - Boulay-les-Troux et Limours. Il fallait 1h30 de Limours à Paris en train. (Mais en fait : 3h avec l'attente des correspondances de la "Patache"). Vers 1924, l'autocar remplaça l'omnibus à cheval.
L'eau courante ne fut installée à Briis qu'en 1938. Chacun avait son puit. Ceux qui n'en avait pas allaient aux six fontaines de la ville : fontaine Verdureau, fontaine de ville, moulin de Serpy, une pompe dans la grande rue (au coin de la maison du coiffeur) une sur la place du Poutil, une à Sainte-Croix. Le problème du lavage n'était pas simple et la lessive était une grande affaire. La cendre de bois servait de lessive, mêlée au linge, on versait dessus l'eau bouillante, plusieurs fois on "coulait le linge", puis on emportait le linge au lavoir où il était savonné, brossé et rincé. Travail pénible surtout l'hiver.
Avant 1914, les lotissements de la Gravelle, des Aulnettes,de Serpy, du Moulin à Barrault n'existaient pas. Sur la route de Fontenay une seule maison après celle du charron M. Vadrot, aucune à droite après le clos de la Ferme, aucune sur le chemin des vignes. Sur la route du cimetière, la dernière était la ferme Pasco, aucune maison après le lavoir sur la route de Vaugrigneuse.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les distractions des enfants étaient nombreuses et variées.
La place de la Mairie était leur centre principal de jeux : jeux de ballon, bâtonnet, et d'interminables parties de saute-mouton, l'été c'était quelquefois le croquet, les courses au cerceau sur la place ou autour du pays par les chemins de ronde, les cerfs-volant avec de l'osier et du papier pour les faire voler dans les champs. Quand il pleuvait,ils jouaient sous la halle, longeant l'entrée de l'école enfantine et la grange qui était sur l'emplacement de la salle des fêtes. Lorsqu'il y avait de la neige, c'était le plaisir de suivre le "traîneau" - un genre de chasse-neige - traîné par un cheval et composé de 2 planches en V rejetant la neige de chaque côté.
Le père Nicole s'occupait des transports publics et avait des voitures de louage : cabriolet, fiacre, tapissière, et plusieurs omnibus à impériale et une balladeuse .
Au cours des 2 fêtes foraines, on entendait les orgues de Barbarie des manèges actionnés par un cheval qui tournait toute la journée autour du mat central, les yeux bandés pour éviter l'étourdissement.
Pendant les fêtes, les habitants recevaient ceux de la famille qui avaient quitté le village et revenaient pour cette occasion. Le lundi de la fête de mai avaient lieu les jeux offerts par la commune : la course aux oeufs, la course en sac, la course aux cerceaux, les ciseaux et la ficelle pour les filles, le tir à la carabine pour les hommes. Pour les femmes, le baquet : à l'aide d'un bâton, les yeux bandés, il fallait percer le fond en papier d'un baquet suspendu contenant farine ou sciure.
Le lundi de la fête d'octobre avait lieu la distribution des prix pour l'année scolaire terminée en juillet. La cérémonie était présidée par le député assisté du maire et du conseil municipal.La fanfare qui avait donné un concert la veille sur la place, apportait son concours à cette distribution.
Au 14 juillet, le "canon" tonnait : c'était un petit mortier en bronze de 20 à 30 cm de haut et dans lequel le cantonnier - le vieux père Cochon - entassait la poudre. Elle explosait en faisant un gros bruit et une épaisse fumée, pendant que le mortier sautait à 50 cm du sol. La fanfare donnait un concert et le soir, grands et petits suivaient la retraite aux flambeaux précédés de tambours et clairons. Le pays était décoré :drapeaux aux fenêtres, sur le haut du clocher. En 1909, à l'occasion de la mi-carême, une cavalcade fut organisée. Des chars, nombreux, avaient été décorés, quelques-uns à la ferme en face de chez nous.
Parmi ces chars : celui de la reine des reines, de l'agriculture, de l'industrie et de la musique. Le moulin, la charrette des fleurs, celle des poupées. Tous les jeunes du pays et des environs avaient préparé de jolis costumes. Un commerçant, redingote et haut-de-forme accompagnait chaque char. Les chars montés par des postillons entourés de cavaliers caracolant, partirent de la route de Fontenay, traversèrent le pays et allèrent jusqu'à Forges.
De temps en temps, un cinéma passait, ou une troupe de théâtre d'amateurs, des cirques, des montreurs d'ours.
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Après la suppression du chemin de fer de Limours, un car reliait comme aujourd'hui Briis à Saint-Rémy-les-Chevreuse. Un service de taxis fonctionnait aussi de la place Denfert-Rochereau à Paris. Pendant la guerre, les vieux cars poussifs étaient pris d'assaut. Ceux qui le pouvaient prenaient à Paris un train plus tôt afin d'arriver à Saint-Rémy avant le car pour être sûrs de monter. Il est même arrivé d'être en panne, et on faisait le chemin à pied !
En 1940, Briis comme la moitié de la France a connu l'exode,et la plus grande partie de la population a cherché refuge plus au sud. Il ne devait guère rester dans le village plus d'une trentaine de personnes. Puis l'occupant s'est installé, réquisitionnant de nombreux locaux.
Pendant cette période d'occupation où le rationnement était de rigueur, les Briissois comme tous les habitants des campagnes, avaient l'avantage des productions de leurs jardins auxquels on faisait rendre le maximum. Les poules, les lapins, le lait, les oeufs étaient un heureux appoint aux maigres rations des "tickets". Les habitants avaient aussi la chance d'avoir un boucher, M. Pelletier - oncle de Mme Blondel - qui a toujours servi tous ses clients bien au-delà des tickets de rationnement. Hommage lui soit rendu.
Deux témoins de cette époque troublée, MM. Baudry et Charitas ont évoqué leurs souvenirs : un noyau de résistance s'était constitué, dont les responsables étaient MM. Hardouin, Marcel Quinet et Lerat. Les deux premiers ont été déportés, Marcel Quinet hélas est mort en déportation. Une rue de notre village le rappelle à notre souvenir.
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| Marcel Quinet |
Le nom de code de ce groupe était "Vengeance-Action". Des parachutages d'armes et d'argent avaient lieu dans les bois derrière Launay vers Angervilliers. Les armes étaient aussitôt transportées de nuit à quelque distance et enterrées dans une fosse creusée à cette intention. Après l'arrestation des responsables, les Allemands les découvrirent.
Dans les derniers jours, une expédition avait été décidée. Les informations ne passaient pas toujours très bien et des bruits divers circulaient : tantôt on disait les Allemands partis d'un village, tantôt d'un autre, et ils étaient toujours là. Mal informée, l'expédition ne fut pas aussi efficace qu'on pouvait l'espérer. Le retour fut une partie de cache-cache dangereuse avec les Allemands qui occupaient encore la contrée et Briis. Dans la nuit, beaucoup de bruits, de mouvements. Un chef allemand avait été tué vers Le Marais et ce fut la débandade, les troupes quittèrent Briis en "empruntant" tous les vélos qu'ils trouvaient chez l'habitant.
Au matin, Briis était libéré.
Puis ce fut enfin l'arrivée des Américains, avec leur distribution de chocolat, de cigarettes et de chewing-gum. Ils traversèrent le village sous les acclamations de la foule. Notre rue de l'Armée Patton commémore cet événement. Par les routes de Forges et Limours arrivaient le général Leclerc et ses valeureux soldats le 20 août 1944. Passage malheureusement endeuillé : un ou plusieurs allemands étaient restés cachés et sur la route de Forges, un coup de feu : le soldat de la 2e D.B. André Piquet qui était sur le marche-pied d'une Jeep tomba, tué sur le coup. Une stèle, sur le côté de la route, rappelle ce triste souvenir, à l'endroit du drame.
C'est après la guerre de 39-45 que l'essor de l'automobile a eu lieu.
Quelques années après la guerre, notre village est sorti hors de ses murs d'enceinte. Des maisons ont poussé le long du chemin de ronde, d'autres se sont édifiées plus loin sur la route de Paris, celles de Fontenay, de Vaugrigneuse. Puis enfin les "faubourgs" ont été construits : La Gravelle dans les années 1960, Les Aulnettes en 71, Les Couvaloux en 78 et Le Moulin à Barreau en 82. La Résidence Boissière a évité aux personnes âgées le dépaysement vers d'autres horizons.
Le développement des sports , la création de la Maison de la Culture, les groupements en associations ont permis de lutter contre l'isolement provoqué par la "télé" et aidé à l'intégration de ceux qui ont choisi de venir vivre dans notre village, avec les Briissois de vieille souche. |
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