Pourquoi ce mot "énigme" appliqué à cette reine ? Eh bien, tout est sujet à controverse dans sa vie. En effet qui est-elle ? .
Elle épousa le roi Henri VIII d'Angleterre, d'abord secrètement, soit le 24 novembre 1532, soit le 25 janvier 1533.
L'annonce de ce mariage fût faite à Pâques et son couronnement eut lieu le 1er juin 1533.

Voici la description qu'en fit Emmanuel Bourrassin :
"Le 29 mai, la reine se rend en bateau, de Greenwich à la Tour de Londres. Une flotte de 300 embarcations richement parées d'oriflammes l'accompagne, aux accents d'une musique triomphale. La veille du grand jour, elle traversa la cité dans une litière. Solitaire, elle dut affronter les regards des badauds, qui, par dizaines de milliers s'étaient massés sur le parcours du cortège qui la menait au Palais de Westminster où elle devait se reposer. Le passage de la reine, recueillit, semble-t-il peu de vivats. Les femmes de la rue s'étonnèrent qu'elle portât ses magnifiques cheveux épars sur ses épaules, ce qui n'était pas de mise pour une femme enceinte... Le dimanche 1er juin, une seigneuriale escorte de Lords et de Ladies, mena la reine jusqu'au choeur de l'abbaye de Westminster. Là, assise toute seule sur un trône élevé, elle se reposa et se recueillit 1/2 heure sous les regards envieux et malveillants de l'assistance. Après avoir reçu l'huile sainte, en procession, la reine s'achemina vers le lieu du festin, avec grand faste : le duc de Suffolk - beau-frère du roi -, le duc de Norfolk - oncle d'Anne -, le marquis de Dorset, les évêques de Londres, de Westminster, entouraient la reine couronnée d'or et de perles rares, sous un dais richement brodé..."

On sait, que de ce mariage, naîtra une fille, la future reine Elisabeth Ière.
Très vite, le roi se détacha d'Anne, et accusée - à tort ou à raison - d'adultère et d'inceste, elle fut condamnée à avoir la tête tranchée, par grâce, à l'épée, au lieu de la hache. On fit venir un bourreau de Boulogne tout exprès. Elle mourut avec dignité le 19 mai 1536, dans la cour de cette tour de Londres où elle avait été reçue avant son couronnement.
Là sont les faits.

 

Représentation d'Anne Boleyn

 

 

Représentation d'Henri 8

 
 

Mais le mystère commence dès sa naissance dont on ignore la date exacte. La date traditionnelle est 1507.
Mais les historiens-modernes la situent entre 1500 et 1503, certains même citent 1497.
L'histoire, comme toutes les sciences, évolue. De documents nouveaux sont découverts et ce qui était vérité hier, ne l'est plus toujours aujourd'hui. Anne était la fille de Thomas Boleyn et d'Elisabeth Howard,soeur du duc de Norfolk. Là encore une controverse, sa mère d'après M. de la Ferrière serait morte de fièvre puerpérale, peu après sa naissance. D'après M. Lorin, elle assistait au couronnement de sa fille en 1533.

Thomas Boleyn, serait d'origine normande. Il descendrait d'un certain Gauthier de Boulen. C'est Geoffroy Boleyn, on ne sait pour quelle raison, qui vint se fixer à Londres - toujours le changement d'orthographe des noms -. Dès 1415 devenu un riche marchand de la Cité, il fut élevé à la dignité de Lord-Maire. Grâce à son mariage avec Elisabeth Howard, Thomas Boleyn devint un personnage très important. En 1514, il fut désigné pour accompagner la princesse Marie Tudor, soeur du roi Henri VIII, qui venait en France, épouser le vieux roi Louis XII, veuf d'Anne de Bretagne.

Et voilà le début de notre énigme briissoise.
Anne accompagnait-elle la future reine de France, dont elle aurait été une des dames d'honneur ? D'après certains, oui. Après son veuvage, Marie - on sait que Louis XII paya de sa vie, son remariage avec une toute jeune femme - Marie retourna en Angleterre, mais confia Anne à Claude, nouvelle reine de France, femme de François Ier, puis à Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier. C'est à ce moment que notre héroïne serait venue à Briis.
D'autres historiens ne situent sa venue en France qu'en 1519, avec son père, lorsque celui-ci vint en qualité d'Ambassadeur.
Il a aussi été écrit qu'elle serait venue à Briis dès l'âge de 6 ans, en 1506, puis repartie en Angleterre pour être fille d'honneur de Marie Tudor et revenue en France en 1514 avec elle. Elle quitta la France vers la fin de 1521, car on sait qu'elle était en Angleterre début 1522. A cette époque, et dépuis quelques temps déjà, sa soeur Marie était la maîtresse d'Henri VIII.

C'est en 1526 qu'Anne devint dame d'Honneur de Catherine d'Aragon, reine d'Angleterre, femme d'Henri VIII. Courtisée par le roi, elle lui résista très longtemps, calcul ou honnêteté ? Nul ne sait. Le roi la fit marquis(et non marquise) de Pembrok le 1er septembre 1532 peu avant de l'épouser secrètement.

A Briïs, chez qui a-t-elle séjourné ? La tradition a souvent nommé Jacques du Moulin. Or, à cette date, il avait 3 ans. Ses parents Guillaume du Moulin et Catherine de l'Hospital se sont mariés en 1510 - l'acte existe - donc ce serait chez eux qu'elle aurait été reçue ou chez leurs parents Philippe du Moulin et Marie de la Rochette. Mais pourquoi les du Moulin ? Anne leur serait apparentée - ceci affirmé par Morèri en 1674 - il rapporte qu'en 1572, la reine Elisabeth aurait dit, à François de Montmorency, ambassadeur en Angleterre, qui lui relatait la mort d'un du Moulin au massacre de la Saint-Barthélémy, " c'était mon parent". Mais Morèri est souvent fantaisiste et le propos est transcrit 100 ans plus tard ! Elle pourrait aussi leur être apparentée par mariage des du Moulin.

Tout d'abord aux La Rochette.
Il existe un contrat notarial du 14 octobre 1460, par lequel Jean de Marigny, chargé de procuration de Perrette de la Rivière d'Aulnay, Dame de la Rocheguyon, de Servon et de la Borde Grapin, vend à Louis de Bolen, dit de La Rochette, maître d'hôtel du roi, seigneur de Bruyères et capitaine de la Bastille, les terres seigneuriales de Servon et de la Borde-Grapin, 825 livres parisii. Un du Moulin a hérité de ses terres, en tant que descendant de ce Louis Bolen. On sait aussi que Guillaume du Moulin a épousé Marie Marguerite de La Rochette.
Anne pourrait d'autre part être parente des Herbert. Marguerite Herbert, femme de Jacques du Moulin, aurait été la tante d'Anne. Encore faut-il s'entendre sur le sens de "tante", utilisé à la place de "cousine" quand il y a décalage de générations. Il y a des Herbert en France et en Angleterre, d'où vient la parenté ?
Une autre tradition apparente Anne aux Rochefort. Là encore, il y a une branche française et une branche anglaise. On a dit que Thomas Boleyn, père d'Anne, était vicomte de Rochefort, c'est une erreur, c'est le frère d'Anne, qui fut fait vicomte de Rochefort en Angleterre, par le roi Henri VIII.

Quelle que soit sa parenté, un autre lieu revendique le séjour d'Anne Boleyn.
L'Abbé Lebeuf, dans son "histoire du Diocèce de Paris" signale qu'à Servon, dans la Brie, la légende dit comme à Briis qu'Anne a séjourné, certains historiens citent aussi Fontenay-en-Brie (aujourd'hui Fontenay-Tresigny). Brodeau, dans "la vie de Charles Dumoulin" (parent des du Moulin de Briis) parle aussi de Fontenay-en-Brie. Or, les du Moulin, seigneurs de Briis, l'étaient aussi de Servon, Fontenay-en-Brie, la Borde-Grapin aux mêmes époques. Ils se déplaçaient entre tous ces fiefs et il paraît tout à fait plausible qu'ils aient promené Anne Boleyn dans leurs diverses résidences. La tradition demeure. Dans "l'almanach de Seine-et-Oise" de 1790 on lit : "Bries-sous-Forges, on voit dans ce lieu, les vestiges de l'ancien château où l'on prétend que fut élevée la fameuse et infortunée Anne de Boleyn, deuxième femme d'Henri VIII d'Angleterre, et mère d'Elisabeth Ière".

On écrit indifféremment Anne Boleyn ou de Boleyn. Cette particule n'est pas du tout marque de noblesse. On évalue à 95 % les patronymes à particules qui ne sont pas nobles.
Il n'existe à ce jour, aucun document formel confirmant ou infirmant cette présence d'Anne. M. Mouton, maire de Briis en 1900 et 1901, poète, auteur de "Tendresses et rancoeurs", journaliste, avait prétendu avoir trouvé une lettre d'Anne dans laquelle elle aurait dit qu'elle "aimait à se souvenir du lard qu'elle avait mangé au château des du Moulin, en buvant des chopes de bière". Mais cette lettre n'a jamais existé. Les lettres considérées comme des " originaux", conservées au Vatican ont été publiées et ne nous renseignent pas. Ce M. Mouton devait écrire une histoire d'Anne Boleyn, dans ce roman il voulait en faire la fille d'Henri VIII (né en 1490), ce que d'ailleurs quelques écrivains n'ont pas hésité à affirmer !

Là où les preuves manquent, on laisse libre cours à l'imagination. Que n'a-t-on pas écrit sur cette reine ! Avait-elle, un doigt ou un ongle supplémentaire ? Et quelle importance d'ailleurs ! On a aussi dit qu'elle avait une loupe, sous la gorge, un visage long et jaune, qu'elle portait malheur. Comment avec de tels atouts, a-t-elle séduit plusieurs gentilshommes de la Cour ? Comment le grand monarque qu'était Henri VIII a-t-il pu l'aimer au point de répudier sa femme Catherine d'Aragon, et pour cela rompre avec l'Eglise de Rome, qui refusait l'annulation de son premier mariage.
Les deux ou trois portraits d'elle représentent une jeune femme séduisante.

Concluons donc que nous ne sommes pas certains de la durée de son séjour à Briis, mais qu'importe, elle est entrée dans notre donjon et en tout cas, elle est bien entrée dans notre légende.
Et puis une énigme, n'est-ce pas mieux et plus captivant qu'une certitude absolue ? Qui parlerait encore de Louis XVII si l'on était sûr de sa mort au Temple ? Alors nous aussi nous chercherons, et nous parlerons longtemps encore de notre Anne Boleyn.

Elle se rattache à tous les souvenirs de Briis, depuis le Bragium des Gaulois, en passant par le Moyen Age avec ces moines qui ont bâti notre église et le prieuré, les seigneurs puissants qui ont résisté dans leur donjon, protégeant la région, un premier président du Parlement de Paris, des prêtres éminents, Bries a eu ses martyrs de la Révolution. Le duc de Padoue, cousin de Napoléon intervint dans l'administration de notre cité.
Tout ceci fait revivre le riche passé de Briis .
 
     
 
     
texte des "Amis du vieux Briis"